LE GESTE ET LA MATIERE, EXPOSITION A LA FONDATION CLEMENT

LE GESTE ET LA MATIERE, EXPOSITION A LA FONDATION CLEMENT

Voilà un billet qui sort du cadre de la décoration intérieure… Et pourtant ! Il s’agit bien de couleur et de forme, de texture et de densité, d’expression et d’intuition, d’historicité du rapport à la couleur, au support. Alors, très librement, j’aimerais partager avec vous mon parcours dans cette magnifique exposition hors-les-murs du Centre Georges Pompidou, « Le geste et la matière, une abstraction autre« , comme une incitation à vous y rendre à votre tour.

Attention, c’est un parcours masqué ! Les oeuvres exposées sont protégées par le droit d’auteur et ne sauraient être reproduites, même pour une publication aussi confidentielle que ce billet. C’est bien dommage car comment vous donner envie d’aller voir une exposition de peinture sans vous offrir un aperçu des oeuvres ?! Pour les quelques photos ci-dessous qui représentent les oeuvres les plus noires au sens propre de l’exposition, les droits de publication presse ont été achetés par la Fondation Clément. Pour les autres oeuvres qui m’ont plu, j’espère que mes mots vous donneront l’eau à la bouche car mon envie n’était pas de signer un article généraliste sur l’expo. Ceci étant dit, MOTEUR !

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Bernard Hayot, dans ses quartiers de la Fondation Clément, nous donne cette fois encore l’occasion de mettre un nom sur un visage, ou plutôt de mettre une oeuvre en regard d’un nom. Et quels noms ! Soulages, Poliakoff, Nicolas de Staël, Dubuffet, Zao Wou-Ki et d’autres s’exposent avec simplicité derrière la résille du bâtiment. Faire l’expérience de ces rencontres à domicile, non loin des fûts de rhum, lors d’un vernissage aux allures de mariage : voilà une occasion unique dont on peinerait à trouver un équivalent en métropole.

Samedi soir, j’ai croisé des visages et j’ai rencontré des oeuvres. Voici celles qui m’ont touchée ; après un premier « tour de chauffe », celles que j’ai eu envie de revoir une fois la foule dispersée.

PARCOURS SUBJECTIF

Hépérile de Camille BRYEN (oeuvre masquée)

Du bleu hérissé de crêtes rouges – totem, coiffe d’apache, flèches – et coeur jaune qui bat, cette oeuvre nous cueille et nous accueille à l’entrée de l’exposition. Le bleu est vaste, ouvert comme une paume, de bon augure.

Opus 45 de Gérard SCHNEIDER (oeuvre masquée)

J’aime cette langue rouge tirée dans le tableau de Georges Schneider ! Loin des séductions faciles, cette oeuvre me comble de son brun, plat, et aplat bleu. Réminiscences de Georges Braque, de la couverture de l’album de jeunesse « Les Trois Brigands »… Et si notre goût pour l’art trouvait son origine dans l’enfance ? Un tableau dans une pièce sera toujours un refuge, ce coin de couleurs où l’on peut se nicher, un aparté.

Jardins suspendus de Maria Helena VIEIRA DA SILVA (oeuvre masquée)

Ecorce de bouleau dévorée de lichen, croches, trilles, sémaphore, la partition est finement exécutée ! Voilà une oeuvre consensuelle mais ô combien poétique. L’abstraction est rythmique, organique : quand le danseur contemporain Raphaël Cottin rencontre le linguiste Roland Barthes via une toile… avec ces striures bleues qui crèvent le coeur du tableau.

T 1956-14 de Hans HARTUNG

De dos, un oiseau noir présente ses ailes. La finesse d’un tracé qu’on dirait asiatique distingue ce tableau. Le noir est léger, prêt à l’envol. Et s’il nous cachait le soleil qui tambourine sur la toile couleur cigarillos ?

Peinture n°6 de Michel PARMENTIER (oeuvre masquée)

Glacis et transparence, mon ombre passe dans l’aluminium. Cette peinture est étonnamment goûteuse pour du blanc et de l’argent. J’aime la « cuisine » de Michel Parmentier. Le tableau souriant, d’une présence légère et crémeuse, est prêt à passer au four ! L’énigme est aussi évidente que mystérieuse.

Peinture 195×130 cm, 10 août 1956 de Pierre SOULAGES (oeuvre masquée)

A rebours de la légèreté du tableau T 1956-14 de Hans Hartung, Soulages signe une oeuvre grave, dense, structurée. Le feu sourd de cet orgue noir. Quelques éclaircies trouent la toile. L’oeuvre est terreuse ; le quadrillage intense.

 

Ces quelques mots ne sont que mes impressions griffonnées in situ sur le prospectus de l’exposition. Devant chaque oeuvre qui a ralenti mon pas, je me suis simplement demandé : « pourquoi cette oeuvre me plaît ? » Je n’ai pas lu les encarts explicatifs pour laisser leur chance aux oeuvres dans un face-à-face sauvage, au risque de passer à côté de l’histoire. Mais l’exposition est visible jusqu’au 16 avril 2017, donc une contre-visite est possible ! 🙂 Une expo, c’est un jeu de cache-cache : vu, pas vu… avec toujours cette jubilation du frôlement ou du dévoilement.

BONNE VISITE !

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Crédits Photo de couverture : Fondation Clément

Références des oeuvres par ordre de présentation : Pierre Soulages, Peinture 260×202 cm, 19 juin 1963, 1963 Huile sur toile, 260×202 cm / Hans Hartung, T1956-4, 1956 Huile sur toile, 180×136 cm / (Pierre Soulages, Peinture 195×130 cm, 10 août 1956, 1956 Huile sur toile, 195×130 cm).