DESIGNER OU DECORATEUR, PETIT POINT SEMANTIQUE DEPUIS MONTREAL

DESIGNER OU DECORATEUR, PETIT POINT SEMANTIQUE DEPUIS MONTREAL

Le 14 septembre dernier, j’ai participé au circuit Index Design – organisé par l’association éponyme – dont le but est de permettre aux professionnels de la décoration intérieure et du design du Québec de se rencontrer via un parcours alternant haltes dans des boutiques spécialisées et conférences.

Cette première immersion dans le monde du design d’intérieur à Montréal m’a inspiré ce petit article, humoristique et sincère à la fois, dont la mise en ligne a pris un peu de temps compte tenu des délais d’acheminement de notre déménagement (dont mon iMac) de la Martinique vers le Canada.

Je vous emmène à la découverte avec moi !

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Vous êtes grand, barbu avec un tee-shirt noir ? C’est bon, vous êtes pratiquement architecte !

Seulement l’habit noir mais le détail qui vous distingue : longueur, largeur alternative du pantalon, tenue sobre mais distinctive… Ouf, vous rentrez quand même dans la catégorie des « designers ».

Designer, c’est vraiment le mot magique – ou le mot fourre-tout – à Montréal. Un designer, c’est un créateur… qui n’est pas un artiste. Chez l’artiste, une part échappe, la part des anges ? Chez le designer, tout est sous contrôle à commencer par la matière. En revanche, « décorateur » ça sent un peu la naphtaline et la dentelle, qu’on se le dise, qu’on me le dise ! 😉

Ici tout est pensé, pesé, profilé… « designé ». Yes, vous avez compris !

Le concept est parfaitement englobant, l’expérience client complète, l’offre à 360°. Voir le programme de La Maison W à Montréal.

On va vous chouchouter, vous « brander » (du mot branding), vous épiler aussi dans doute – mais pas la barbe – pour que rien ne dépasse.

Le design est intégral. Il vous regarde depuis demain. Et si vous n’adhérez pas, vous êtes peut-être un peu « vieux-monde ». Sorry. Sourire de compassion. « Repassez demain » sous-entendu « vous comprendrez peut-être ».

Bon.

Demain je continuerai à porter de la couleur. J’aimerais toujours les touffes d’herbes qui poussent entre les dalles. Le papillon me semblera toujours l’insecte le plus émouvant du monde et le design le plus abouti rivalisera toujours pour moi avec la forme d’un oeuf, quotidiennement pondu par une poule.

Il y a trop d’occasions d’être bancal, inadéquat, passager, en avance ou en retard pour se prendre au sérieux.

Pour moi la fragilité fait partie du décor parce qu’elle fait partie de nos vies.

L’espace est une occasion de danser. L’équilibre toujours au bord du déséquilibre. L’art entre par la fenêtre et je couche avec lui.

C’est une question de poésie.

C’est une question de fraïcheur.

C’est une question de plaisir.

Dans Arts de la Maison, il y a le mot « art ». Je découvre aujourd’hui au contact du captivant Nouveau Monde que ce n’est pas un hasard. Dans « art de vivre » aussi. Pour être accessible à l’art, sans doute faut-il habiter le présent. Prendre le temps de vivre et de goûter les saisons, l’automne en ce moment.

C’est mon premier automne canadien et je l’aborde en décoratrice, tout à la beauté des feuilles qui rougissent.

Sous le regard d’un artiste, tout devient sujet. Sous le regard d’un designer, tout devient objet. Et dans les yeux d’une décoratrice ?

La courbe de tes yeux fait le tour de mon coeur

Un rond de danse et de douceur…

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Crédit photo de couverture : © Index Design /Les 2 barbus, Vincent Hauspy, associé chez Provencher_Roy, division design intérieur et Nikolaos Lerakis, directeur général de La Maison W : © John Londono / Maison & Objet Paris sept. 2017 : © Elodie Dupuis / La belle nature canadienne : © mirceax Getty images / Vers tirés du poème « La Courbe de tes yeux » de Paul Eluard (Capitale de la douleur, 1926)